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“BurqArt”, quand l’art s’empare de la burqa

1 février 2010 5 Comments

burqa2 Le débat n’en finit pas de susciter les passions. Certains voient dans l’interdiction du port la préservation de l’espace public et des valeurs républicaines, d’autres semblent consternés par cette nouvelle forme de stigmatisation. En tous les cas, force est de constater que le port de la burqa soulève des problématiques bien plus larges : condition de la femme, place de la religion dans une société laïque, cohésion sociale, etc.

Et quand l’art s’en mêle, il s’engage sur la voie du symbolisme (au sens hégélien du terme). Oeuvres chocantes, dénonciatrices ou purement esthétiques, nous avons voulu rendre compte des derniers mouvements artistiques ayant pour référent commun la burqa.

Oeuvres et artistes

Shadi Ghadirian

Shadi Ghadirian est une photographe iranienne née en 1974. L’oeuvre qui l’a fait connaître dans le monde entier s’intitule _ ou plutôt, ne s’intitule pas _ Untitled (2000-2001):

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Une mise en scène qui renvoie au statut et rôle de la femme : une existence guidée par les tâches ménagères qu’interroge cette objectisation ostentatoire du féminin.

Hussein Chalayan

Hussein Chalayan est un créateur britannique. Il est né en 1970, quitte Chypre pour l’Angleterre en 1982. S’est fait grandement remarqué par sa Collection printemps-été de 1998 :

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Une mise en scène qui soulève les problématiques du corps et de l’espace. Un corps qui se dévoile successivement jusqu’au paroxysme de la nudité.

Kader Attia

 
Kader Attia est un artiste français. Né en 1970 en Seine-Saint-Denis, il est nommé en 2005 pour le Prix Marcel Duchamp. C’est principalement son oeuvre Ghost (2007) qui a retenu notre attention :

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Une mise en scène angoissante du vide et du multiple. Négation de l’identité individuelle, l’oeuvre souligne la remplaçabilité et l’interchangeabilité.

Wong Hoy Cheong

Wong Hoy Cheong est un artiste malaisien né en 1960. Il vit et travaille à Kuala Lumpur.

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Son oeuvre Reading (2009), reprend l’oeuvre de Fantin Latour peinte en 1877 et intitulée également La Lecture. Elle interroge l’évolution sociale et culturelle de notre société.

Art et société

L’art est le reflet de la société dans laquelle il évolue. Ou plutôt, loin d’en être une pâle copie, l’art est une transposition du réel.

L’art, sous tous ses aspects , est donc une transposition et non pas un reflet du réel.

Denis Huisman et André Vergez. La philosophie sans complexe.

Engagées ou non, ces oeuvres exposent la même grammaire du caché / montré en soulevant la problématique de l’intimité sauvegardée versus la scène publique offerte aux yeux de tous. Elles dé-voilent ce qui se cache, expriment ce qui se tait.
De manière générale, on peut repérer les systèmes d’oppositions suivants :

  • Le montré vs Le caché
  • Savoir vs Ignorer
  • Extériorité vs Interiorité
  • Identification possible vs impossible
  • Corps visible vs invisible

 

Burqa et place de la femme

Les oeuvres de Ghadirian et Chalayan s’inscrivent principalement dans une interrogation sur la femme, son corps et son occupation dans l’espace.

La soumission

Consentie ou non, la soumission est le principal thème de Untitled. Transparente, inexistente au sein de la vie sociale (on ne la nomme pas), le femme n’existe que par les outils de ménage qu’elle manipule. Son identification est impossible, elle n’existe pas pour elle-même mais pour le foyer.

La burqa pose ainsi le problème de la condition de la femme et de son existence au sein de la vie sociale, surtout lorsqu’elle est imposée. Quid de la liberté individuelle ?

Erotisation du corps

Différemment, le défilé de Chalayan montre l’incapacité de notre société à tolérer le corps non érotisé. Couvert de la burqa, c’est le corps de la femme qui devient insaisissable et surtout impénétrable. Etre femme et en France c’est être dans la suggestion d’un corps à disposition, un corps qui se contemple et qui doit donner envie. Impossible de faire l’impasse sur cette définition de la féminité selon Despentes :

La féminité, c’est la putasserie. L’art de la servilité.

Virginie Despentes. King Kong théorie.

Rappelons également que dans Le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir défend une vision engagée, sinon avant-gardiste de la féminité. Celle-ci est le résultat d’une éducation pensée par les hommes, pour les hommes, dans un monde d’hommes. L’indépendance est alors présentée comme la seule issue d’une entente harmonieuse :

Le désir, la possession, l’amour, le rêve, l’aventure et les mots qui nous émeuvent : donner, conquérir, s’unir, garderont leur sens; c’est au contraire quand sera aboli l’esclavage d’une moitié de l’humanité et tout le système d’hypocrisie qu’il implique que la “section” de l’humanité révélera son authentique signification et que le couple humain trouvera sa vraie figure.

Simone de Beauvoir. Le Deuxième sexe.

A ceux qui diront que la place de la femme a évolué, je répondrai qu’il suffit de regarder médias et publicité pour comprendre qu’il n’en est rien. La femme reste toujours enfermée dans un système de représentations : ce sont toujours les détails esthétiques et physiques qui sont soulignés. Au JT, en politique, à la radio, dans la rue, la femme est condamnée à exister à travers le regard de l’homme. Tous ces stéréotypes sont bien-sûr allégrement véhiculés également par la gente féminine, toujours soucieuse de pouvoir se comparer à sa consoeur.

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Peut-être pourriez-vous me dire en quoi l’utilisation du corps féminin dans l’espace public est-il moins choquant que la burqa ? (J’attends bien sûr vos commentaires.)

 

 

 

Burqa et enjeux de la res publica

Les oeuvres d’Attia et Cheong soulève une interrogation davantage globale, qui ne concerne pas spécifiquement le féminin mais surtout l’évolution de l’Homme et sa capacité à échanger. 

L’identification

L’oeuvre d’Attia soulève la question de l’identification. Plus globalement, l’espace public est un espace d’échange. Identifier son interlocuteur c’est pouvoir engager le dialogue, le visage devenant ainsi la porte d’accès à la communication. Plus généralement encore, cette problématique soulève une idéologie sous-jacente à nos sociétés occidentales post-modernes: chaque personne doit pouvoir être identifiable à tout moment. C’est la condition sine qua non à toute existence sociale. Enlever l’identité d’une personne c’est la tuer socialement. Mais on sent bien toutes les dérives que ce système peut entraîner. Big Brother ne sera décidémment jamais très loin…

Evolution sociétale : l’alter culturel

L’oeuvre de Wong Hoy Cheong réinterroge le classique en l’actualisant. Elle interroge l’interculturalité en superposant le semblable (des femmes dans un salon lors de la lecture) et le dissemblable (autre époque). Qu’est ce qu’une culture sinon une évolution de la pensée ? Qu’est-ce que le vivre-ensemble sinon un échange de culture ?

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5 Comments »

  • Gerald said:

    Faut pas se voiler la face, elle est vraiment douée pour l’écriture cette petite Elodie!

  • Gerald said:

    Et puis elle sait faire des recherches, et comme qui cherche trouve…

  • Julien B said:

    Je suis surpris par ton relativisme, mais je salue la finesse ton analyse. En particulier je trouve ton approche symbolique salvatrice. Car, aujourd’hui, en France, que ce soit par ses défenseurs ou par ses détracteurs, c’est bien du niqab comme symbole dont-il est question. Je parle sous le contrôle d’une sémiologue émérite, mais je pense qu’il faut distinguer le sens d’un symbole selon la géographie. Le symbole du Niqab au Yemen est celui de la négation du droit des femmes à exister comme individu dans le champ social, mais qu’en est-il en France? Au pays de Coco Chanel, le niqab est vu comme une altérité, mais il est bien un fait social français, qu’il faut étudier comme tel. Si notre représentation nationale prenait un peu plus de temps pour analyser, au lieu de légiférer d’une manière aussi idiote, le climat serait plus sain, me semble-t-il.

  • admin (author) said:

    Merci Julien pour ton commentaire, tu as tout à fait raison, un symbole n’est pas universel mais contextuel (bien que l’homologation oui/mouvement vertical versus non/mouvement horizontal semble se retrouver partout…)

  • admin (author) said:

    Merci Gérald, de la part d’un journaliste, ça me touche…

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