“Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche.”
J’aime cette phrase et elle me terrifie. Création du célèbre dialoguiste français, on la retrouve dans le film Un Taxi pour Tobrouk (1960) de Denys de la Patellière. Audiard, tout au long de sa vie, n’en finira pas de mettre qui l’écoute face à l’essence de la nature humaine, sa condition, son devenir, ses contradictions et surtout son impuissance. Un billet un peu particulier cette fois-ci, qui se rapproche des mots, de leurs sens et de leurs mélodies.
J’aime cette phrase et elle me terrifie. Elle scinde le monde en deux entités antinomiques, non conciliables et à jamais adverses.
L’intellectuel enchaîné à sa table, enfermé devant son papier, prisonnier de sa pensée, reste cloué sur place ou du moins, peine à se déplacer. Le con, à l’inverse, délivré de toute refléxion, avance, il devient ainsi acteur du monde. Alors quoi, finalement le con n’est plus si con ? Il se détache de toute catégorie en agissant, il se dép(l)asse, c’est donc lui qui fait fait preuve d’intelligence. Pendant que l’autre intello, confiné à ses élucubrations vaporeuses, tente de refaire le monde à ses pieds, réduit à l’incapacité de se mouvoir et donc d’agir.
Le cogito se transforme et s’adapte : je fais donc je suis. Mais que veut dire “aller moins loin” ? C’est une litote, ça veut dire “stagner, faire du surplace”; c’est un calcul métrique, ça veut dire “se faire distancer”; c’est une métaphore, ça veut dire “réussir moins que”, c’est un symbole, ça veut dire “l’action irréfléchie vaut mieux qu’une pensée laborieuse”; c’est un indice, ça veut dire “devant la complexité du monde, il faut choisir”.
En tous les cas, cette phrase pose la question de la valeur, de la réussite, de la valeur de la réussite et de la loose. Et partons du postulat selon lequel une vie humaine réussie est une vie heureuse. Et d’ailleurs, ne dit-on pas “imbécile heureux” ? Le con a décidémment tout pour lui _ ça me rappelle d’ailleurs une autre citation d’Audiard :
“Pourquoi certains n’auraient pas tout ? Il y en a qui n’ont rien. Ca fait l’équilibre”.
Le con, acteur de sa vie, du monde et heureux. Pourtant vous vous voyez, vous :
“_ Un Nietzsche, oh oui, une nouvelle marque de Frigo ?”
Ou “_ Un Barthes et ça repart.”
Non, n’est-ce pas ? C’est que, sans doute, ce qui fait l’équilibre, ce n’est pas d’être dans le tout ou le rien mais notre capacité à pouvoir jouer tous les rôles, tour à tour finaud, tour à tour polisson, tour à tour gangster mais tour à tour généreux (C’est arrivé près de chez vous). D’ailleurs, peut-être que le con est acteur, tient une posture ? Le con, un intellectuel déçu, las de sa lucidité, qui s’est ouvert les portes de l’insouciance.
Encore que, un intellectuel qui pourrait s’empêcher de penser, tergiverser, s’étonner pendant plus de quelques secondes ça n’existe pas, alors un con qui se poserait des questions métaphisico-nihilistico-existentialistes dès l’aube qui se pointe…














Cet article est super.
J’aime quand tu écris comme cela !
Cependant, un con qui se poserait des questions métaphisico-nihilistico-existensialistes dés l’aube, j’en connais un très bien !
Bises !
Et un intellectuel qui marche va plus loin qu’un con assis.
De là à déterminer si le verre est à moitié plein ou à moitié vide, il n’y a qu’un pas… alors debout les intellos!
Moteur, action, ça tourne, la chance aussi.
Toujours irrémédiablement optimiste, ça aide.
J’adore cette écriture ! plus journalistique, plus sensible - ou plus exactement, ta sensibilité s’y exprime d’une manière plus ouverte. Là où le carré sémio limite et fractionne ta réflexion dans son champ, ici, on tombe dans la philo …
By the way, la dernière campagne de Diesel - “be stupid” - suit le même propos que toi.
J’ajoute, du même auteur : “les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait”.
La réflexion comme facteur limitant de l’action est plus qu’un cliché, c’est le travers naturel de l’intellectualisme. Mais j’objecte que la réflexion est une action immobile, silencieuse et invisible. Si on doit opposer l’action concrète et l’action de pensée, je dirais que l’une est une nécessité vitale et l’autre une condition du bonheur. Je fini en citant Baudelaire :
[...]Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;
Celui dont les pensées, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !
Bons baisers de Nantes…
de la vision romantique des choses.. belle écriture
Merci pour vos bons mots, tous !
Tout le plaisir est pour nous
grande question… entre un mouton de panurge qui marche (Ã sa perte) et un mouton de panurge assis qui attend l’inspiration… lequel est le plus con ?
si marcher était le signe de l’intelligence….
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