Semio
J’aimerais revenir sur les “fondamentaux”, les concepts phares de la sémio, les postulats, etc.
Vous pouvez télécharger un récapitulatif explicatif ici.
Ce qu’est la sémiologie
Nous définissons la sémiologie comme une méthodologie scientifique car elle suit ses propres règles et ses propres conventions, et objectivante car elle tend à l’objectivité, même si celle-ci reste inatteignable. Ce qui est aussi le cas des sciences dites “dures” dont les paramètres d’expérimentation constituent toujours des choix.
Définition de Ferdinand de Saussure
Le terme “sémiologie” vient du grec semeion logos soit le discours sur les signes. La sémiologie est surtout connue en tant que discipline médicale, c’est l’observation des symptômes pour trouver la maladie. Pour autant, elle fait son apparition dans les sciences humaines avec le Cours de Linguistique Générale prononcé par Ferdinand de Saussure et pris en notes par Charles Bally et Albert Sechehaye (publication posthume en 1916).
On peut (…) concevoir une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale; elle formerait une partie de la psychologie sociale, et par conséquent de la psychologie générale; nous la nommerons sémiologie (…). Elle nous apprendrait en quoi consistent les signes, quelles lois les régissent. (…) La linguistique n’est qu’une partie de cette science générale, les lois que découvrira la sémiologie seront applicables à la linguistique, et celle-ci se trouvera ainsi rattachée à un domaine bien défini dans l’ensemble des faits humains.
SAUSS. 1916, p. 33.
La sémiologie analyse donc les signes, qu’ils soient linguistiques (= verbaux), iconiques (=images) ou kinésiques (= mouvement). La sémiologie inclut la linguistique selon Saussure. Notons que pour Roland Barthes, c’est l’inverse : la sémiologie est une partie de la linguistique. C’est pour cela que la méthodologie d’analyse de l’image s’inspire fortement des outils proposés par l’analyse de discours.
Différence entre sémiologie et sémiotique
Yves Jeanneret formalise la répartition des disciplines telles la communication, la sémiologie, la sémiotique et la sociologie de manière intéressante :

Vous pouvez lire son article en ligne : « La prétention sémiotique dans la communication, Du stigmate au paradoxe », Revue du MAUSS permanente, 6 novembre 2008.
De manière plus générale, les principales distinctions entre sémiologie et sémiotique sont les suivantes :
| SEMIOLOGIE | SEMIOTIQUE |
| Filiation saussurienne | Filiation peircienne |
| Europe - 1916 | Etats-Unis - 1903 |
| appartient à la linguistique | appartient à la métaphysique |
| signe dyadique - exclusion du référent | signe triadique - inclusion du référent |
| Obsession du chiffre 2 | Obsession du chiffre 3 |
| Etudes des convergences, divergences et périphéries | Etudes de la semiosis |
| Sémiologie “première génération” avec Barthes | Sémiologie “seconde génération” avec Greimas |
Retenons simplement que si les approches sont sensiblement différentes, dans la pratique les outils utilisés sont souvent les mêmes.
Par ailleurs, Marina Cavassilas note :
c’est en France, en 1969, que “le 1er congrès international de sémiotique a choisi d’utiliser le mot sémiotique, sans doute pour être le plus proche de semiotics en anglais et pour marquer une (r)évolution de la discipline avec l’arrivée de la sémiotique narrative de Greimas.
La principale distinction réside dans la filiation revendiquée . D’un côté Saussure qui considère que la sémiologie contient la linguistique tout entière (ce qui influence la méthodologie utilisée puisque l’analyse de l’image s’effectue en calquant l’analyse de texte). De l’autre côté de l’Atlantique, Peirce, physicien, mathématicien et logicien selon qui la démarche sémiotique est beaucoup plus globale et philosophique : c’est la sémiotique qui définit notre approche au monde. Il revendique une sémiotique qui dépasse toute partition disciplinaire.
En outre, notons une distinction chronologique. Le terme “sémiologie” renverrait à une “sémiologie première génération” dont la figure de proue est Roland Barthes_ une discipline qu’il introduisit un peu avant les années 60 à l’université. Le terme “sémiotique”, quant à lui, renverrait à une “sémiologie seconde génération” dont la figure de proue est Greimas et dont les applications au milieu marketing furent nombreuses_ aux environs des 70.
La démarche sémiologique
Objectif
Le but de la sémiologie (et de la sémiotique !) et de mettre à jour “le procès du sens”, pour reprendre l’expression de Barthes. Autrement dit, faire émerger les structures invisibles qui lient les éléments entre eux : la matrice structurante du message.
Postulats
Les postulats de la sémiologie et de la sémiotique sont ceux qui s’inspirent du structuralisme des années 70.
Le corpus
Toute démarche sémiologique commence à partir de la constitution du corpus. Le corpus est la réunion des éléments sur lequel va travailler le sémiologue. Il peut être ouvert (rempli en cours d’étude) ou fermé (corpus clos avant le début de l’étude). Le corpus est la base de toute étude, sans lui, rien ne peut commencer.
La démarche de l’analyse peut être :
- empirico-déductive : j’émets une problématique puis j’arpente mon terrain (= le corpus) que j’analyse par la suite en faisant ressortir les structures sous-jacentes.
- hypothetico-déductive : j’émets une problématique et des hypothèses que je vais devoir infirmer ou confirmer lors de l’analyse.
Approche structurale
Le plus important à retenir est :
- Le principe d’immanence : le sémiologue analyse le message en lui-même et non depuis l’émetteur (psychologie) ou le récepteur (marketing). Ces éléments peuvent intervenir mais seulement lorsque l’analyse est finie.
- L’analyse des relations : les éléments sont analysés mais le plus important est le type de relation qu’ils tissent entre eux.
L’essence des choses devant nous rester toujours ignorée, nous ne pourrons connaître que les relations de ces choses.
Claude BERNARD

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